Neutralisé, pas sanctionné
Google vise les échanges excessifs et les pages de partenaires créées uniquement pour se lier, pas le fait que deux sites se citent. Le point qui a changé : depuis la mise à jour de décembre 2022, l'annonce officielle parle de neutraliser l'effet des liens artificiels. Vous ne recevez donc rien, vous perdez simplement la valeur que ces liens transmettaient. Le critère de décision n'est pas un quota, c'est le motif éditorial de chaque lien.
Ce que dit le texte, exactement
La politique anti-spam de Google liste les pratiques considérées comme du spam de liens. Deux entrées concernent directement le sujet, et il vaut la peine de les lire mot pour mot plutôt que de résumer.
La liste vise notamment les « échanges de liens excessifs, du type fais-moi un lien et je t'en ferai un », et les « pages de partenaires créées exclusivement dans le but de se lier réciproquement ». Le mot qui porte tout est excessifs : le simple fait que deux sites se citent n'a jamais été visé.
La même liste couvre par ailleurs l'achat et la vente de liens, l'échange de biens ou de services contre un lien, les liens exigés par contrat sans possibilité de les qualifier, les liens de pied de page ou de gabarit diffusés massivement, les liens de widgets, les annuaires de faible qualité et les contenus créés dans le seul but de porter des liens. Le sujet des liens réciproques n'est donc qu'une entrée d'un ensemble plus large. Voir le netlinking et l'achat de backlinks.
De la sanction à la neutralisation
C'est le changement le plus important du sujet, et il est mal connu parce qu'il rend le problème invisible.
Le 14 décembre 2022, Google a annoncé une mise à jour anti-spam de liens en indiquant s'appuyer sur SpamBrain, son système de détection automatisé, pour neutraliser l'effet des liens artificiels sur les résultats. L'annonce précisait que les classements peuvent changer à mesure que ces liens sont neutralisés et que la valeur qu'ils transmettaient est perdue. Le déploiement s'est étalé jusqu'au 12 janvier 2023.
| Une action manuelle | Une neutralisation | |
|---|---|---|
| Ce qui se passe | Un examinateur humain sanctionne le site | Les liens cessent d'être pris en compte |
| Vous êtes prévenu | Oui, dans la Search Console | Non, rien du tout |
| Le symptôme | Chute brutale, cause identifiée | Baisse progressive ou stagnation, sans cause apparente |
| La correction | Nettoyer, puis demander un réexamen | Rien à demander. Il faut reconstruire de la popularité qui compte |
| Fréquence réelle | Rare | De loin le cas le plus courant aujourd'hui |
La conséquence pratique est celle-ci : un site dont les liens ont été neutralisés ressemble à un site qui n'a jamais fait de netlinking. Le diagnostic qui suit conclut souvent à un problème de contenu alors que le site a simplement perdu, en une mise à jour, l'effet de deux ans d'échanges. Le seul moyen de le voir est de comparer la courbe de positions à la chronologie des mises à jour anti-spam publiée par Google.
Quand un échange est parfaitement légitime
Il faut le dire clairement, parce que la peur du sujet conduit à des décisions absurdes, comme refuser de citer un partenaire réel. Le critère n'est pas le nombre, c'est le motif.
| Situation | Statut | Pourquoi |
|---|---|---|
| Deux sites d'un même secteur qui se citent dans des articles, chacun de son côté | Sans problème | Chaque lien a une raison d'être indépendante de l'autre |
| Un fournisseur mentionné dans une étude de cas, qui vous cite dans ses références | Sans problème | Relation réelle, contenu réel des deux côtés |
| Un organisme professionnel, un annuaire de fédération, un label | Sans problème | Lien attendu par le lecteur, indépendant de tout échange |
| Une page « nos partenaires » de quarante logos qui pointent tous vers des sites qui vous pointent | Visé par le texte | C'est exactement la page décrite dans la politique |
| Un groupe de dix sites qui se lient tous entre eux dans leur pied de page | Visé, et repérable | Motif de graphe évident, aucun contexte éditorial |
| Un échange organisé par un intermédiaire, en série | Visé | Systématique par construction |
Le test que j'applique, et qui remplace tous les seuils : si l'autre site retirait son lien demain, garderiez-vous le vôtre ? Si oui, le lien a un motif propre et il n'y a rien à craindre. Si non, il n'existe que pour l'échange, et c'est précisément ce que la politique décrit.
Ce qui rend un échange repérable
Sans entrer dans des spéculations sur l'algorithme, plusieurs signaux sont triviaux à calculer à l'échelle du web, et il est raisonnable de supposer qu'ils le sont.
- La réciprocité elle-même, qui est une propriété du graphe de liens et se détecte par une simple jointure.
- La densité du groupe. Dix sites qui se lient tous entre eux forment un motif que rien de naturel ne produit à cette régularité.
- L'emplacement. Un lien de pied de page présent sur toutes les pages d'un site n'a pas de motif éditorial, par définition.
- La synchronisation. Deux liens apparus le même jour, dans les deux sens.
- L'absence de contexte. Un lien isolé dans une liste, sans phrase autour, ne dit rien de la relation entre les deux pages.
Faut-il désavouer ?
La question arrive systématiquement, et la réponse est presque toujours non.
Google indique que le fichier de désaveu s'adresse aux situations d'action manuelle ou de risque avéré, et que ses systèmes ignorent d'eux-mêmes les liens qu'ils jugent artificiels. Un désaveu appliqué au jugé, à partir d'une liste d'outil qui étiquette des domaines comme toxiques, retire potentiellement des liens qui comptaient, sans rien gagner sur ceux qui ne comptaient déjà plus.
Les deux cas où je l'utilise : une action manuelle notifiée dans la Search Console, ce qui est rare, et un profil de liens visiblement attaqué par un afflux soudain de liens de très mauvaise qualité. En dehors de ces deux situations, l'outil de désaveu fait plus de mal que de bien. Voir les liens toxiques et le mauvais backlink.
Ce qui produit des liens qui comptent
Puisque la valeur d'un lien tient à son motif, les approches qui fonctionnent sont celles qui créent un motif réel.
- 1. Publier une donnée que personne d'autre n'a
Une enquête, un relevé de tarifs, un recensement. C'est ce qui se cite tout seul, parce que celui qui cite y trouve son compte. C'est aussi le plus long à produire.
- 2. Être la meilleure ressource sur une question précise
Les liens éditoriaux vont à ce qu'on renvoie à un lecteur, pas à ce qui est bien optimisé. Voir le link baiting.
- 3. Exister dans son écosystème professionnel
Fédérations, annuaires métier réels, partenaires, interventions. Ces liens sont peu nombreux et ils ne ressemblent à rien d'artificiel.
- 4. Le lien acheté, en connaissance de cause
C'est une pratique répandue et un choix économique que je n'ai pas à commenter, mais il faut le poser lucidement : la politique de Google la vise explicitement, les mises à jour anti-spam neutralisent ce qu'elles détectent, et un lien qui cesse de compter n'est pas remboursé. Ce que ça implique en pratique est traité dans l'achat de backlinks.
Comment je regarde un profil de liens hérité
Je ne classe pas les liens en bons et mauvais, cette lecture ne mène nulle part. Je regarde trois choses. La proportion de liens réciproques, qui se calcule en croisant les domaines référents avec les domaines vers lesquels le site pointe : au-delà de vingt ou trente pour cent, le motif est visible depuis n'importe où. La répartition dans le temps, parce que trois cents liens acquis en deux mois racontent une histoire différente de trois cents liens sur cinq ans. Et l'emplacement, en distinguant ce qui est dans un contenu de ce qui est dans un gabarit. Ces trois chiffres suffisent à savoir si le profil pose un problème, et ils ne demandent aucun score propriétaire.
Questions fréquentes
Sources
- Google Search Central, politiques anti-spam : liste des pratiques de spam de liens, dont les échanges excessifs et les pages de partenaires créées pour se lier réciproquement.
- Google Search Central, mise à jour anti-spam de liens de décembre 2022, annoncée le 14 décembre 2022 : recours à SpamBrain pour neutraliser l'effet des liens artificiels, déploiement achevé le 12 janvier 2023.
- Google Search Central, qualifier ses liens sortants : usage de
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