Ce que la métaphore recouvre

Le mécanisme derrière la métaphore est le PageRank, publié en 1998. Une page distribue sa valeur entre ses liens sortants, avec un amortissement à chaque saut. Trois conséquences pratiques : moins de liens sur une page, plus chacun compte ; le sculptage par nofollow ne fonctionne plus depuis 2009 ; et les scores d'autorité des outils du marché ne sont pas le PageRank de Google, seulement des estimations.

D'où vient l'idée

Le concept vient de l'article fondateur de Larry Page et Sergey Brin, publié à Stanford en 1998, qui décrit l'algorithme PageRank. Son principe est emprunté à la bibliométrie : une page importante est une page vers laquelle pointent des pages importantes, et cette définition circulaire se résout par itérations successives sur l'ensemble du graphe du web.

Deux éléments de l'algorithme d'origine expliquent la métaphore et ses limites.

Ce que la métaphore fait mal comprendre. Le mot « jus » suggère un réservoir qui se vide, et donc qu'un lien sortant vers un autre site vous appauvrit. C'est faux dans le modèle : la valeur d'une page se recalcule à chaque itération à partir de ce qu'elle reçoit, elle ne se consomme pas. Faire un lien vers une source de qualité ne vous coûte rien de mesurable, et l'idée inverse a produit des années de pages qui refusaient de citer leurs sources. C'est aussi vrai que le classement de Google en 2026 ne se réduit évidemment pas au PageRank : celui-ci n'est plus qu'un signal parmi beaucoup d'autres.

Les attributs de lien, et ce qui a changé en 2019

C'est le point le plus mal actualisé du sujet, parce que la règle qu'on a apprise en 2005 n'est plus celle qui s'applique.

AttributÀ quoi il sertDepuis quand
rel="nofollow"Signaler qu'on ne veut pas être associé à la page liée, ni qu'elle soit explorée depuis chez soi2005, redéfini en 2019
rel="sponsored"Marquer un lien payé ou une publicité. Obligatoire sur tout lien commercial10 septembre 2019
rel="ugc"Marquer un lien issu d'un contenu déposé par un utilisateur : commentaire, forum10 septembre 2019

Le changement de fond est ailleurs. Le 10 septembre 2019, Google a annoncé que ces trois attributs deviennent des indications et non plus des directives strictes, pour le classement dès cette date et pour l'exploration et l'indexation à partir du 1er mars 2020. La documentation actuelle indique que les liens ainsi marqués ne sont généralement pas suivis, et rappelle que la page liée peut de toute façon être découverte autrement, par un plan de site ou par un lien depuis un autre domaine.

Ce que cela change en pratique : on ne peut plus raisonner comme si un nofollow bloquait quelque chose de façon certaine. C'est un signal envoyé à Google, pas un interrupteur. Voir le backlink nofollow et les attributs sponsored et ugc.

Le sculptage de PageRank, mort en 2009

L'idée avait sa logique : si une page distribue sa valeur entre ses liens, il suffirait de mettre en nofollow les liens sans intérêt, mentions légales, contact, panier, pour que la part récupérée aille aux pages qui comptent.

Matt Cutts a mis fin à cette lecture en 2009 en expliquant comment le calcul fonctionne réellement : la part attribuée à un lien en nofollow n'est pas redistribuée aux autres liens de la page, elle est simplement perdue. Mettre dix liens en nofollow sur une page qui en compte vingt ne double pas la valeur des dix autres ; cela retire la moitié de ce que la page distribuait.

La conséquence est simple et souvent mal admise : la seule façon de concentrer l'autorité interne est de faire moins de liens, pas d'en neutraliser. Cela se décide au moment de construire le gabarit de page, pas après coup.

Ce qui marche encore, en maillage interne

Une fois retirées les fausses idées, il reste des principes solides, qui découlent directement du modèle.

  1. 1. Réduire la profondeur des pages importantes

    Chaque saut supplémentaire amortit la valeur reçue. Une page stratégique à quatre clics de l'accueil est mal alimentée par construction. Trois clics est un bon plafond, deux pour les pages qui doivent se positionner sur des requêtes disputées.

  2. 2. Alléger les gabarits

    Un pied de page à quatre-vingts liens répétés sur toutes les pages du site dilue chaque lien du site entier. C'est l'un des postes d'amélioration les plus rentables, et il se corrige une fois pour tout le site.

  3. 3. Faire les liens dans le texte, pas dans un bloc

    Un lien posé dans une phrase apporte un contexte que le moteur exploite, ce qu'un module « articles similaires » ne fait pas. C'est la logique développée dans la création d'un cocon sémantique.

  4. 4. Soigner les ancres, sans les suroptimiser

    L'ancre décrit la page d'arrivée. Répéter la même ancre exacte cent fois sur un site est un signal artificiel ; varier naturellement est à la fois plus lisible et plus sûr. Voir l'ancre de lien.

  5. 5. Supprimer les pages orphelines

    Une page vers laquelle aucun lien interne ne pointe ne reçoit rien du tout. Un crawl du site les remonte en quelques minutes, et c'est souvent la correction la plus rentable d'un audit. Voir la page orpheline.

Ce qu'on peut mesurer, et ce qu'on ne peut pas

Le PageRank interne de Google n'est pas observable. Ce qui l'est :

Ce qu'on mesureAvec quoiCe que ça vaut
Profondeur de chaque pageUn crawler de siteDirectement actionnable. La donnée la plus utile du lot
Nombre de liens internes entrants par pageLe même crawlRévèle immédiatement les pages stratégiques sous-alimentées
Nombre de liens sortants par gabaritLe même crawlSert à décider quoi retirer d'un pied de page
Scores d'autorité de domaine des outilsLes outils du marchéDes estimations propriétaires, utiles pour comparer deux sites, jamais pour connaître ce que Google calcule
PageRank affiché de la barre d'outilsPlus rienGelé en 2013, retiré en 2016. Toute mention actuelle est un signal d'obsolescence de la source

Deux tableaux suffisent

Je ne cherche pas à modéliser une distribution de valeur, ce serait une illusion de précision. Je fais deux tableaux à partir d'un crawl. Le premier croise les pages stratégiques, celles qui font l'activité du client, avec leur profondeur et leur nombre de liens internes entrants ; il révèle presque toujours une page importante à quatre clics avec trois liens entrants. Le second liste les liens répétés sur toutes les pages, et sert à décider ce qui sort des gabarits. Ces deux tableaux couvrent l'essentiel du sujet, et ils tiennent en une demi-journée.

Questions fréquentes

Le jus de lien existe-t-il vraiment ?
C'est une métaphore, construite sur un mécanisme réel. L'algorithme PageRank publié en 1998 par Larry Page et Sergey Brin distribue bien une valeur numérique de page en page par les liens. Ce qui n'existe pas, c'est le liquide : la valeur ne se vide pas d'un réservoir, elle se recalcule à chaque itération sur l'ensemble du graphe. L'image reste utile pour raisonner, elle devient trompeuse dès qu'on la prend au pied de la lettre.
Un lien nofollow transmet-il quelque chose ?
Google a changé de position le 10 septembre 2019 : nofollow, sponsored et ugc sont depuis traités comme des indications et non comme des directives strictes, pour le classement immédiatement et pour l'exploration et l'indexation à partir du 1er mars 2020. La documentation actuelle indique que les liens portant ces attributs ne sont généralement pas suivis. En pratique, on ne peut donc plus considérer qu'un nofollow ne transmet rien avec certitude, ni compter dessus pour orienter quoi que ce soit.
Peut-on encore faire du sculptage de PageRank ?
Non, et c'est réglé depuis 2009. Matt Cutts avait alors expliqué que la part attribuée à un lien en nofollow n'est pas redistribuée aux autres liens de la page : elle est perdue. Mettre en nofollow ses liens vers les mentions légales n'envoie donc rien de plus vers les pages importantes, cela retire simplement de la valeur du système. La seule façon de concentrer l'autorité reste de faire moins de liens, pas d'en neutraliser.
Combien de liens peut-on mettre sur une page ?
Il n'y a plus de limite officielle depuis que Google a retiré la vieille recommandation de cent liens par page. Le raisonnement reste vrai dans son principe : plus une page comporte de liens, moins chacun compte. Sur une page de contenu, une dizaine de liens contextuels bien placés valent mieux que soixante liens de navigation, et cela se décide en regardant ce que la page doit réellement pousser.
Le PageRank affiché existe-t-il encore ?
Non. L'indicateur public de la barre d'outils Google a cessé d'être mis à jour en 2013 et a été retiré définitivement en 2016. Les scores d'autorité proposés aujourd'hui par les outils du marché sont des estimations propriétaires calculées sur leurs propres index de liens : ils sont utiles pour comparer deux sites entre eux, ils ne mesurent pas ce que Google calcule.

Sources