L'essentiel, en quatre lignes
243 langues depuis le 27 juin 2024, et non 133 comme l'écrivent encore la plupart des articles. Gratuit pour un usage humain, 20 dollars par million de caractères via l'API. Excellent de l'anglais vers le français, très inégal dès qu'on sort des grandes langues. Utilisable pour traduire un site, à une condition ferme, que quelqu'un relise.
Ce que fait Google Translate
Google Translate, ou Google Traduction en français, est un service de traduction automatique lancé en 2006. Il traduit du texte saisi, des pages web, des documents, le contenu d'une photo et une conversation orale en direct, depuis un navigateur ou une application mobile.
Ce n'est pas un traducteur. Il produit une compréhension, pas une rédaction. La différence apparaît dès qu'un texte porte une intention commerciale, un ton particulier ou un vocabulaire de métier. Un mode d'emploi passe très bien, une page de vente non.
243 langues, et pourquoi ce chiffre a changé
Le 27 juin 2024, Google a ajouté 110 langues d'un seul coup, faisant passer le service de 133 à 243 langues. C'est la plus importante extension depuis la création du service. Environ un quart des ajouts concernent des langues africaines, et Google estime que la mise à jour rend le service utilisable par 614 millions de locuteurs supplémentaires, soit près de 8 % de la population mondiale.
Cette extension a été rendue possible par un modèle de langue, PaLM 2, particulièrement efficace pour apprendre des langues proches les unes des autres. C'est ainsi que sont arrivés l'awadhi, le marwari ou plusieurs créoles français, dont le seychellois et le mauricien, pour lesquels il n'existe pas assez de textes traduits pour entraîner un modèle classique.
Si vous croisez encore le chiffre de 133 langues, l'article que vous lisez n'a pas été mis à jour depuis plus de deux ans. C'est un bon test de fraîcheur.
Comment la machine traduit
Jusqu'en 2016, le service fonctionnait par correspondances statistiques. Il découpait la phrase en fragments et cherchait, dans un immense corpus bilingue, les fragments équivalents les plus probables. D'où les traductions mot à mot mémorables de cette époque.
Depuis, le moteur est neuronal. Il encode la phrase entière dans une représentation numérique du sens, puis la régénère dans la langue cible. C'est ce qui lui permet de gérer l'ordre des mots, les accords et une partie du contexte. C'est aussi ce qui produit son défaut le plus typique, la phrase parfaitement fluide et complètement fausse, dont rien dans le style ne signale l'erreur.
Le pivot par l'anglais. Pour les paires de langues rares, aucun corpus direct n'existe. Le système traduit alors vers l'anglais, puis de l'anglais vers la langue cible. Chaque étape ajoute ses approximations et, surtout, l'anglais perd en route ce qu'il ne distingue pas : le tutoiement, le genre grammatical, les niveaux de politesse. C'est la raison technique pour laquelle une traduction du japonais vers le français est nettement moins fiable qu'une traduction du japonais vers l'anglais.
Les modes de traduction, et leur usage réel
| Mode | Ce qu'il fait | Quand il sert |
|---|---|---|
| Texte | Saisie ou copier-coller, jusqu'à 5 000 caractères par envoi | Comprendre un message, vérifier une formulation |
| Page web | Traduction à la volée d'une adresse, intégrée à Chrome | Lire un site étranger, consulter une source non traduite |
| Documents | Import de fichiers bureautiques et PDF, mise en forme conservée | Dégrossir un document technique, jamais pour le diffuser |
| Image | Traduction du texte présent dans une photo | Un menu, un panneau, une étiquette de produit |
| Conversation | Traduction orale alternée, en direct | Un échange simple, avec des phrases courtes |
| Hors ligne | Modèles téléchargés sur le téléphone | En déplacement sans réseau, avec une qualité en retrait |
La qualité dépend d'abord de la paire de langues
Parler de « la qualité de Google Translate » n'a aucun sens. Elle varie du très bon à l'inutilisable selon les langues en présence.
| Paire | Niveau observé | Ce qu'il faut surveiller |
|---|---|---|
| Anglais vers français | Très bon | Les faux amis et les tournures calquées sur l'anglais |
| Espagnol, italien, portugais vers français | Très bon | Les registres de politesse et le tutoiement |
| Allemand vers français | Bon | Les phrases longues, où le verbe final se perd |
| Chinois, japonais, coréen vers français | Moyen | Les sujets implicites, restitués au hasard |
| Arabe vers français | Moyen | Le genre grammatical et les variantes régionales |
| Langues à faible ressource | Faible | Le passage par l'anglais, qui double les erreurs |
Un test simple, quelle que soit la langue. Traduisez, puis retraduisez le résultat vers le français. Si le texte revenu dit autre chose, la traduction sortante contenait déjà le problème. Cinq secondes de travail, et cela évite bien des publications embarrassantes.
Google Translate ou DeepL
La comparaison revient sans cesse, et la réponse dépend entièrement du besoin.
| Critère | Google Translate | DeepL |
|---|---|---|
| Nombre de langues | 243 | Une trentaine, essentiellement européennes et asiatiques majeures |
| Naturel du français produit | Correct | Généralement supérieur sur les paires qu'il couvre |
| Texte long et cohérence de ton | Variable | Meilleur maintien du registre |
| Image, voix, hors ligne | Oui | Non ou marginal |
| Choix entre plusieurs formulations | Non | Oui, avec reformulation guidée |
| Coût d'une API | 20 $ le million de caractères | Offre gratuite limitée puis abonnement |
Mon usage : DeepL pour tout ce qui sera lu par un client dans une langue européenne courante, Google pour comprendre, pour les langues rares et pour tout ce qui passe par une image ou par la voix. Et une relecture humaine dans les deux cas dès que le texte est destiné à être publié.
Traduire avec une IA générative
Depuis deux ou trois ans, une troisième voie s'est ouverte entre le moteur de traduction et le traducteur humain, celle de confier la traduction à un grand modèle de langage. La différence de nature est réelle, et elle change ce qu'on peut attendre du résultat.
Un moteur de traduction convertit une phrase. Il travaille segment par segment, sans savoir ce que dit le paragraphe précédent, ni à qui le texte s'adresse, ni pourquoi il a été écrit. Un modèle de langage réécrit un texte dans une autre langue. Il voit le document entier, il accepte des consignes, et il peut adapter au lieu de transposer.
| Critère | Moteur de traduction | IA générative | Traducteur humain |
|---|---|---|---|
| Cohérence sur un long document | Faible, chaque segment est isolé | Bonne, le contexte est vu | Excellente |
| Respect d'un ton imposé | Aucun | Oui, sur consigne | Oui |
| Respect d'un lexique de marque | Non, sauf paramétrage avancé | Oui, si on le fournit | Oui |
| Adaptation au marché plutôt que traduction | Non | Oui | Oui |
| Régularité sur mille pages | Excellente, toujours le même comportement | Variable, à encadrer | Coûteuse à maintenir |
| Risque d'invention ou d'omission | Très faible | Réel | Faible |
| Coût | Quelques dizaines d'euros pour un site | Du même ordre, à la longueur du texte | Sans comparaison, dix à cent fois plus |
Le point qui intéresse le référencement. Un moteur de traduction transpose littéralement vos mots-clés, et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, car les gens ne cherchent pas la même chose avec les mêmes mots d'un pays à l'autre. Une IA à qui l'on donne les requêtes réellement tapées sur le marché cible peut, elle, réécrire la page autour de ces requêtes plutôt que traduire celles du français. C'est la seule des trois approches qui produit directement une page pensée pour son marché, et c'est aussi la seule qui exige qu'on lui fournisse cette recherche de mots-clés en entrée.
Les défauts, qu'il faut connaître avant de se lancer. Un modèle de langage omet parfois une phrase sans le signaler, ajoute une précision qui n'existait pas dans l'original, et surtout produit un résultat fluide dans tous les cas, y compris quand il s'est trompé. Sur un texte réglementaire, un tarif ou une mention légale, c'est disqualifiant. Il est aussi moins régulier qu'un moteur : sur trois cents fiches produits traitées d'affilée, la formulation dérive si l'on ne cadre pas la consigne.
La méthode qui fonctionne, et que j'applique, tient en quatre points.
- 1. Fournir un brief, pas seulement le texte
À qui s'adresse la page, sur quel marché, avec quel niveau de langue, et ce qu'il ne faut jamais traduire : noms de produits, mentions légales, unités, formats de date.
- 2. Donner le lexique et les requêtes cibles
Les termes de marque imposés, et les mots réellement tapés dans la langue d'arrivée. Sans cela, l'IA choisit un synonyme parfaitement correct que personne ne cherche.
- 3. Traiter par lots courts, avec la même consigne
C'est ce qui tient la régularité sur un gros volume. Un lot trop long dérive, et la dérive ne se voit pas à la relecture d'une page isolée.
- 4. Faire relire les chiffres et les mentions par un humain
Pas tout le texte, mais tout ce qui engage : prix, délais, garanties, obligations légales. C'est là que l'omission silencieuse coûte cher.
En résumé, le moteur de traduction pour comprendre et pour traiter du volume, l'IA générative pour publier, le traducteur humain pour ce qui engage juridiquement ou commercialement. Et dans les trois cas, quelqu'un qui parle la langue relit avant la mise en ligne. Voir IA et SEO et la rédaction de contenu.
Traduire un site : ce que Google accepte et ce qu'il refuse
La question est le plus souvent mal posée. Google ne sanctionne pas l'outil qui a produit un texte, il sanctionne un texte publié en masse sans que personne n'y ait apporté de valeur.
Concrètement, la ligne de partage se situe ici :
- Traduction automatique publiée telle quelle, sur des centaines de pages, sans relecture. C'est exactement le cas de figure décrit dans les règles anti-spam de Google. Le risque n'est pas théorique.
- Traduction automatique relue, corrigée et adaptée par quelqu'un qui parle la langue, ce qui est parfaitement acceptable et constitue le mode de production standard de l'industrie de la localisation.
- Traduction affichée par un script côté visiteur, sans URL propre par langue, donc invisible pour le référencement. Le moteur indexe la version d'origine et rien d'autre.
Si vous voulez qu'une version linguistique existe pour Google, trois conditions se cumulent, et elles n'ont rien à voir avec la qualité de la traduction :
- 1. Une URL distincte par langue
Un répertoire du type
/en/, un sous-domaine ou un domaine national. Le répertoire est le choix par défaut dans la quasi-totalité des cas, puisqu'il profite de l'autorité déjà acquise par le domaine. - 2. Des balises hreflang cohérentes
Chaque version déclare les autres, y compris elle-même. Une déclaration non réciproque est ignorée, ce qui est l'erreur la plus fréquente sur ce sujet.
- 3. Une traduction de tout ce qui est indexable
Le contenu, mais aussi le title, la meta description, les textes alternatifs et le fil d'Ariane. Une page traduite dont le title est resté en français n'est pas une page traduite.
Une version étrangère, ce n'est pas une traduction
Les gens ne cherchent pas la même chose d'un pays à l'autre, avec les mêmes mots. Une page traduite mot pour mot vise souvent une requête qui n'existe pas dans la langue cible. Le travail commence par les mots-clés du marché visé, pas par le texte français.
Recherche de mots-clés par marché, structure d'URL, hreflang.
Le widget de traduction, qui n'existe plus pour les entreprises
Beaucoup de sites cherchent encore le Google Website Translator, ce sélecteur de langue qui traduisait la page à la volée. Google en a retiré l'accès aux nouveaux utilisateurs commerciaux fin 2019, puis l'a rétabli à partir de 2020 pour les seuls organismes non commerciaux : administrations, associations, établissements d'enseignement et de recherche.
Un site d'entreprise n'y a donc plus accès, et c'est une bonne nouvelle mal comprise. Ce widget ne créait aucune page indexable. Il ne servait qu'au confort du visiteur déjà arrivé, et n'apportait strictement rien en visibilité. Ce qui apporte quelque chose, ce sont des pages traduites avec leurs propres adresses.
Le coût réel de l'automatisation
Pour traduire par programme, Google propose Cloud Translation. Les tarifs ci-dessous ont été relevés en août 2026, et ils bougent, donc vérifiez avant tout engagement.
| Offre | Tarif | Remarque |
|---|---|---|
| Traduction neuronale standard | 20 $ le million de caractères | Les 500 000 premiers caractères de chaque mois sont offerts |
| Modèle fondé sur un grand modèle de langage | 10 $ le million en entrée, 10 $ en sortie | Meilleure gestion du contexte, sans palier gratuit |
| Traduction adaptative | 25 $ le million en entrée et en sortie | S'aligne sur des exemples fournis, utile pour un vocabulaire de marque |
| Traduction de documents | 0,08 $ la page | Facturé à la page, pas au caractère |
L'ordre de grandeur. Une page web de fond fait environ 5 000 caractères. Deux cents pages représentent donc un million de caractères, soit environ 20 dollars par langue cible en traduction standard. Autrement dit, le coût machine est négligeable. Le coût réel d'un site multilingue, c'est la relecture, l'adaptation des mots-clés au marché et la maintenance de chaque version dans le temps. Personne n'abandonne un projet international à cause des 20 dollars.
Les erreurs que je vois le plus
- Traduire les mots-clés au lieu de les rechercher. « Assurance habitation » ne se cherche pas avec la traduction littérale dans chaque pays. Refaire la recherche de mots-clés dans la langue cible est non négociable.
- Publier avant de relire. Une faute de traduction sur une page de vente coûte des clients, et personne dans l'entreprise ne s'en aperçoit puisque personne ne parle la langue.
- Oublier le hreflang autoréférent. Chaque version doit se déclarer elle-même en plus des autres, sans quoi le groupe entier est ignoré.
- Mélanger deux langues sur la même page. Un menu resté en français au milieu d'une page anglaise brouille l'identification de la langue et dégrade l'expérience.
- Croire qu'une traduction fluide est une traduction juste. C'est le défaut central de la traduction neuronale, rien dans le style ne signale l'erreur.
- Traduire les URL sans plan de redirection. Si vous décidez plus tard de franciser ou d'angliciser vos adresses, cela devient une migration à part entière.
Questions fréquentes
Sources
- Google, ajout de 110 langues à Google Traduction, 27 juin 2024.
- Google Cloud, tarifs de Cloud Translation, relevés le 20 août 2026.
- Google Search Central, versions localisées et hreflang.
- Google Search Central, règles anti-spam : contenu automatique sans valeur ajoutée.