Deux contraintes françaises

Deux contraintes conditionnent tout le reste en France. Le consentement : les cookies GA4 ne bénéficient pas de l'exemption accordée à certains outils de mesure d'audience, donc vous ne mesurez que les visiteurs qui ont accepté. La conservation : quatorze mois au maximum en version gratuite, deux mois par défaut si personne n'a touché au réglage. Conséquence pratique : pour piloter du SEO, la source de référence est la Search Console, pas Analytics.

Ce que GA4 mesure, et ce qu'il ne mesure pas

Tableau de bord d'audience avec courbes et indicateurs

Analytics observe ce qui se passe sur votre site : pages consultées, parcours, événements, conversions, appareil, source de trafic. C'est indispensable, et cela ne recouvre pas du tout ce dont on a besoin pour piloter du référencement.

La questionL'outil qui répondPourquoi
Sur quelles requêtes j'apparaisSearch ConsoleAnalytics ne connaît pas les requêtes, elles ne lui sont pas transmises
À quelle position, avec quel taux de clicSearch ConsoleCe sont des données côté moteur, avant le clic
Quelles pages sont vues, et combien de tempsAnalyticsMesure côté site, après le clic
Quel trafic organique convertitAnalyticsC'est son apport décisif pour le SEO
Quelles pages sont indexéesSearch ConsoleAnalytics ne voit que les pages visitées, donc jamais les pages non indexées
Combien de visiteurs au totalNi l'un ni l'autre, exactementVoir la section sur le consentement

La dernière ligne du tableau est celle qui compte. Beaucoup de rapports SEO présentent le nombre de sessions organiques d'Analytics comme la mesure du travail accompli. En France, ce chiffre donne le trafic consenti, pas le trafic.

Le consentement, et la donnée qu'il vous fait perdre

Un rappel de contexte, parce que le sujet est souvent résumé de travers dans les deux sens.

Le 10 février 2022, la CNIL a mis en demeure un gestionnaire de site d'arrêter d'utiliser Google Analytics dans ses conditions d'alors, à la suite de plaintes déposées en août 2020. Le motif portait sur les transferts de données vers les États-Unis, pas sur l'outil en lui-même. Ce point précis a été recadré par l'entrée en vigueur du Data Privacy Framework en juillet 2023, qui encadre à nouveau ces transferts.

Mais une obligation n'a jamais changé. Les cookies déposés par GA4 ne relèvent pas de l'exemption de consentement que la CNIL accorde à certains outils de mesure d'audience strictement limités. Ils doivent donc être bloqués tant que le visiteur n'a pas accepté, ce qui découle de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés. Un GA4 qui se déclenche avant le clic sur « accepter » est en infraction, quel que soit l'état du cadre des transferts.

Ce que ça change pour vos chiffres. Vous ne mesurez que les visiteurs qui ont accepté les cookies. Le taux d'acceptation varie énormément selon le secteur, le design de la bannière et l'appareil, et il n'existe pas de coefficient universel pour corriger. Deux conséquences opérationnelles : ne comparez jamais votre trafic Analytics à celui d'un autre site, et surtout, ne comparez pas deux périodes séparées par un changement de bannière de consentement. J'ai vu plus d'une fois une « chute de trafic organique » diagnostiquée en urgence qui n'était qu'un changement de gestionnaire de consentement.

Quatorze mois, et deux par défaut

C'est la deuxième limite, et elle est purement technique. En version gratuite, GA4 conserve les données au niveau utilisateur et événement pendant quatorze mois au maximum. Analytics 360 monte à cinquante mois. Au-delà, seules les données agrégées des rapports standards subsistent.

Le piège est ailleurs : le réglage par défaut est de deux mois. Sur une propriété créée sans que personne n'y touche, l'historique exploitable pour les analyses détaillées se limite au trimestre écoulé. C'est le premier réglage que je vérifie sur une nouvelle propriété, et il est très souvent resté tel quel.

Conséquence directe pour le SEO : la comparaison année sur année, qui est le seul moyen honnête de lire un trafic saisonnier, devient impossible à quatorze mois de recul dès qu'on veut un détail par page ou par source. La Search Console, avec ses seize mois, redevient l'outil de référence pour cet exercice.

Universal Analytics : l'historique est perdu

Pour mémoire, et parce que la question revient encore : Universal Analytics a cessé de collecter des données en juillet 2023, et Google a supprimé les données des propriétés standard le 1er juillet 2024, dans l'interface comme dans l'API. Les organisations qui n'avaient pas exporté avant cette date ont perdu leur historique définitivement. C'est un argument concret pour exporter régulièrement ce qui compte plutôt que de compter sur la disponibilité d'un service tiers, et pour traiter les seize mois glissants de la Search Console comme une donnée à archiver et non à consulter.

Ce qu'il faut vraiment regarder pour le SEO

Une fois ces limites posées, Analytics reste indispensable pour une chose que la Search Console ne fait pas : dire ce que le trafic gagné rapporte. Voici les quatre choses que je regarde, et rien d'autre.

  1. 1. Les conversions par source, avec l'organique isolé

    C'est le seul rapport qui relie le référencement à l'activité. Encore faut-il que les conversions soient correctement définies : un formulaire envoyé, un appel déclenché, un devis demandé. Sans événements configurés, Analytics ne mesure rien d'utile.

  2. 2. Les pages d'entrée du trafic organique

    Quelles pages font entrer les visiteurs, et lesquelles font entrer ceux qui convertissent. Ce ne sont presque jamais les mêmes, et l'écart oriente la production de contenu bien mieux qu'un classement de pages vues.

  3. 3. Le comportement après l'entrée

    Une page qui reçoit du trafic organique et dont personne ne repart vers une autre page du site est une page en cul-de-sac. C'est un problème de maillage interne, pas de contenu. Voir le maillage interne.

  4. 4. La répartition mobile et ordinateur

    Utile pour arbitrer les priorités techniques. Un site à 75 % de trafic mobile n'a pas les mêmes urgences qu'un site à 30 %. Voir le mobile.

Ce que je ne regarde pas : le taux de rebond et la durée moyenne de session comme indicateurs de qualité SEO. Google a répété qu'il n'utilise pas ces métriques pour classer, et il n'y a d'ailleurs aucune raison qu'il ait accès aux données d'un outil tiers. Ce sont des indicateurs d'ergonomie, pas de référencement. Voir les métriques SEO qui comptent.

Relier Analytics et la Search Console

L'association des deux propriétés se fait en quelques clics dans l'administration d'Analytics, et elle fait apparaître les rapports Search Console dans l'interface. C'est pratique, avec une limite qu'il faut connaître : les données restent celles de la Search Console, avec ses règles de seuils et d'échantillonnage. Le rapprochement entre une requête et une conversion reste impossible, parce que la requête n'est jamais transmise au site.

Autrement dit, vous saurez qu'une page reçoit du trafic sur telle requête, et qu'elle convertit à tel taux, mais jamais quelle requête a produit quelle conversion. C'est une limite structurelle depuis la généralisation du chiffrement des recherches, et aucun outil ne la lève. Voir la Search Console.

Les alternatives, et le vrai critère de choix

OutilModèleCe qui décide
MatomoLibre, auto-hébergé ou nuage européenCertaines configurations peuvent relever de l'exemption de consentement de la CNIL, ce qui change complètement la couverture de mesure
Piwik PROCommercial, hébergement européenMême logique, avec un accompagnement et une offre gratuite limitée
Piano AnalyticsCommercial, françaisAdapté aux grands comptes, avec un coût qui va avec
Analyse des logs serveurInterneAucun cookie, aucune bannière, et la totalité des visites y compris celles des robots. Voir l'analyse des logs

Le critère de choix n'est pas la richesse fonctionnelle, sur laquelle GA4 reste devant. C'est la part de trafic réellement mesurée. Un outil qui, dans sa configuration, relève de l'exemption de consentement mesure tout le monde ; un outil soumis au consentement mesure la fraction qui a accepté. Entre une mesure complète et approximative et une mesure précise sur un échantillon inconnu, le premier terme est souvent plus utile pour piloter. La qualification d'une configuration au regard de l'exemption se vérifie au cas par cas, elle ne se déduit pas du nom de l'outil.

Questions fréquentes

Google Analytics est-il conforme au RGPD en France ?
La question des transferts vers les États-Unis, à l'origine des mises en demeure de la CNIL du 10 février 2022, a été recadrée par le Data Privacy Framework entré en vigueur en juillet 2023. Reste une obligation qui n'a jamais bougé : les cookies de GA4 ne bénéficient pas de l'exemption de consentement accordée à certains outils de mesure d'audience. Ils doivent donc être bloqués tant que le visiteur n'a pas accepté, faute de quoi vous êtes en infraction avec l'article 82 de la loi Informatique et Libertés.
Combien de temps GA4 conserve-t-il les données ?
Quatorze mois au maximum pour les données au niveau utilisateur et événement en version gratuite, cinquante mois avec Analytics 360. Et le réglage par défaut est de deux mois, ce qui surprend beaucoup de monde : si personne ne l'a modifié à l'installation, votre historique exploitable se limite au trimestre écoulé. C'est le premier réglage que je vérifie sur une nouvelle propriété.
Peut-on encore récupérer ses données Universal Analytics ?
Non. Universal Analytics a cessé de collecter en juillet 2023, et Google a supprimé les données des propriétés standard le 1er juillet 2024, y compris dans l'interface et l'API. Si l'export n'a pas été fait avant cette date, l'historique est définitivement perdu. C'est une raison de plus de traiter la Search Console comme source de référence pour l'historique du trafic de recherche.
Faut-il utiliser Analytics ou la Search Console pour le SEO ?
Les deux, sur des périmètres différents. La Search Console couvre ce qui se passe avant le clic : impressions, position, taux de clic, sur seize mois, sans dépendre du consentement du visiteur. Analytics couvre ce qui se passe après : pages vues, parcours, conversions. Pour piloter du référencement, la Search Console est la source de vérité, et Analytics sert à savoir ce que le trafic obtenu produit réellement.
Quelles alternatives à Google Analytics ?
Matomo, en version auto-hébergée ou en nuage européen, Piwik PRO et Piano Analytics sont les options les plus courantes en France. Certaines configurations peuvent bénéficier de l'exemption de consentement de la CNIL, ce qui change tout, la mesure portant alors sur la totalité du trafic et non sur la part qui a accepté. Le choix se fait moins sur les fonctionnalités que sur ce point précis, et il se vérifie configuration par configuration.

Sources