La question qui tranche
Un visiteur peut-il atteindre ce texte ? S'il lui suffit de cliquer sur un onglet, de déplier un bloc ou d'utiliser un lecteur d'écran, tout va bien. Si aucune action ne le lui rend accessible alors que le moteur le lit, c'est du texte caché, et c'est visé par les règles anti-spam. La technique employée ne change rien à l'affaire, l'intention si.
Ce qui est parfaitement légitime
Commençons par là, parce que la peur du texte caché conduit à se priver de solutions d'ergonomie tout à fait valables.
| Cas | Pourquoi c'est admis | La condition |
|---|---|---|
| Accordéon, bloc dépliable | Choix d'ergonomie courant, surtout sur mobile | Le texte est dans le code, et un clic l'affiche |
| Onglets | Même logique, pour organiser un contenu dense | Idem |
| « Lire la suite » | Évite un mur de texte à l'ouverture | Le contenu complet est présent dès le chargement |
| Menu replié sur mobile | Sans lui, la navigation serait inutilisable | Les liens existent dans le code |
| Libellé pour lecteur d'écran | Bonne pratique d'accessibilité, recommandée par les standards | Quelques mots utiles, pas des paragraphes de mots-clés |
| Lien d'évitement en tête de page | Permet d'atteindre le contenu au clavier | Il devient visible à la prise de focus |
Sur le contenu replié, la position de Google est stable depuis le passage à l'indexation prioritaire sur mobile : ce qui est présent dans le code d'une page mobile est traité normalement, y compris dans un accordéon. La crainte ancienne selon laquelle un texte plié compterait moins n'a plus de fondement.
Le cas de l'accessibilité mérite d'être défendu. Masquer visuellement un libellé tout en le laissant lisible par une synthèse vocale est exactement ce que recommandent les référentiels d'accessibilité. Un intitulé de champ de recherche, la fonction d'un bouton représenté par une icône, le contexte d'un lien « en savoir plus » servent des utilisateurs réels, et les supprimer par peur du référencement dégrade le site pour les personnes qui en ont le plus besoin. Ce qui distingue ces libellés d'un texte caché, c'est qu'ils sont courts, utiles, et qu'ils décrivent ce que le visiteur voit.
Ce qui est visé
Les règles anti-spam de Google désignent le texte rendu invisible dans le but de manipuler le classement. Voici les procédés que je retrouve encore sur des sites anciens.
| Technique | Comment elle se présente | Détection |
|---|---|---|
| Texte blanc sur fond blanc | La plus ancienne, et toujours vivante | Sélectionner toute la page : le texte apparaît en surbrillance |
| Taille de police nulle | Un paragraphe réduit à rien | Recherche dans le code des tailles à zéro |
| Positionnement hors écran | Le bloc est déplacé à des milliers de pixels du cadre | Recherche des valeurs de position négatives extrêmes |
| Texte derrière une image | Empilement de couches, texte au fond | Désactiver les images ou le CSS |
| Lien sur un caractère isolé | Un point ou un espace transformé en lien | Crawl : liens dont le texte fait un caractère |
| Bloc masqué par du style | Un pavé de mots-clés jamais affiché | Comparer le texte du code au texte rendu |
| Texte de la même couleur que le fond du bloc | Variante plus discrète du premier procédé | Sélection de la page, ou désactivation du CSS |
Tous ces procédés ont un point commun, ils ne rapportent plus rien depuis très longtemps. Le risque subsiste, le bénéfice a disparu. Quand j'en trouve, c'est presque toujours un héritage, un vieux gabarit, une prestation ancienne ou un bloc ajouté par quelqu'un qui est parti depuis. Voir black hat SEO et cloaking, sa version plus grave.
Trouver du texte caché, en trois contrôles
- 1. Tout sélectionner, tout copier
Sélectionnez l'intégralité de la page et collez-la dans un éditeur de texte brut. Tout ce qui apparaît et que vous n'aviez pas vu à l'écran mérite un examen. Trente secondes, et cela suffit dans la majorité des cas.
- 2. Désactiver le CSS
Dans les outils de développement du navigateur, désactivez les feuilles de style. La page devient laide et parfaitement honnête, tout ce qui était masqué par du style s'affichant d'un coup.
- 3. Comparer le code au rendu, à l'échelle du site
Un crawl qui extrait le texte du code et le compare au texte réellement affiché signale les écarts. C'est le seul moyen praticable au-delà de quelques dizaines de pages.
Un quatrième contrôle vaut la peine sur un site repris : regardez l'outil d'inspection d'URL de la Search Console, qui montre le HTML tel que Google l'a reçu. Un écart marqué entre ce qu'il voit et ce que vous voyez pose une question plus large que le texte caché.
Ce qu'on hérite en reprenant un site
Textes cachés, liens sortants oubliés et blocs de mots-clés d'une prestation ancienne ne se voient pas à l'écran, mais se trouvent en une heure de crawl. Autant le savoir avant d'investir sur le site.
Contrôle du code servi, pas seulement de la page affichée.
Ce qu'il faut faire quand on en trouve
Le réflexe est de supprimer, et c'est souvent une occasion manquée.
Regardez d'abord ce que le texte contenait. Dans les cas que je rencontre, il s'agit fréquemment d'informations que la page gagnerait à afficher normalement : la liste des prestations, les zones desservies, des précisions techniques, des questions fréquentes. Quelqu'un a jugé, il y a des années, que c'était bon pour le référencement et mauvais pour le design, et a choisi de le cacher.
La bonne correction consiste donc à réécrire ce contenu à sa place, visible, dans le corps de la page. Vous supprimez le risque, et vous ajoutez du contenu réel là où il en manquait. C'est l'un des rares chantiers où corriger un défaut fait progresser la page.
Reste le cas du bourrage pur : trois cents mots-clés empilés sans phrase. Là, il n'y a rien à sauver, et c'est du keyword stuffing à supprimer sans état d'âme.
Ce que l'on risque vraiment
- Une occurrence isolée héritée d'un vieux gabarit passe le plus souvent inaperçue : le texte est ignoré, et rien ne se produit.
- Une pratique systématique sur tout un site relève des règles anti-spam et peut valoir une action manuelle, notifiée dans la Search Console, avec une chute de visibilité à la clé.
- Le risque de réputation est réel aussi : un concurrent ou un client qui découvre du texte blanc sur blanc sur votre site en tire des conclusions, et il n'a pas tort.
- Le gain, lui, est nul. C'est le point décisif : personne n'a plus rien obtenu de ces procédés depuis très longtemps.
Questions fréquentes
Sources
- Google Search Central, règles anti-spam : la section sur le texte et les liens masqués.
- W3C, tutoriels d'accessibilité : usage légitime des libellés masqués visuellement.