Le calcul à faire avant de tester

Doubler son taux de conversion vaut autant que doubler son trafic, pour beaucoup moins cher. Mais la méthode reine du CRO, le test A/B, exige un volume que la plupart des sites n'ont pas, soit plus de 42 000 visiteurs pour détecter une amélioration de 20 % sur une base de 2 %. Faites ce calcul avant de lancer un test. Si le compte n'y est pas, tournez-vous vers d'autres méthodes plutôt que de tester quand même.

Définition et calcul

Analyse de parcours et de taux de conversion sur un tableau de bord

Le taux de conversion est le rapport entre le nombre d'actions réalisées et le nombre de visiteurs, exprimé en pourcentage. Dix mille visiteurs par mois et cent cinquante demandes de contact donnent 1,5 %.

L'intérêt du CRO tient à une arithmétique simple : passer de 1,5 % à 3 % double les résultats à trafic constant, alors que doubler le trafic organique demande souvent une année de travail et un budget de liens. C'est pour cette raison que je regarde toujours le taux de conversion avant de proposer un plan SEO : sur un site qui convertit à 0,3 %, l'argent est mieux placé dans le tunnel que dans les positions.

Le calcul que personne ne fait avant de tester

Voici le tableau qui manque à la plupart des articles sur le sujet. Il donne le nombre de visiteurs nécessaires par variante pour détecter une amélioration donnée, avec les paramètres statistiques usuels : test bilatéral, risque de 5 %, puissance de 80 %.

Taux de départDétecter +10 %Détecter +20 %Détecter +30 %Détecter +50 %
0,5 %327 90085 90039 90015 600
1 %163 10042 70019 8007 750
2 %80 70021 1009 8003 825
3 %53 20013 9006 4502 520
5 %31 2008 1603 7801 470
10 %14 7503 8401 775686

Ces nombres sont par variante : doublez-les pour obtenir le trafic total à mobiliser sur la page testée.

Ce que ça donne en temps réel. Un site à 2 % de conversion qui veut détecter une amélioration de 20 % a besoin d'environ 42 200 visiteurs sur la page testée. À 5 000 visites par mois, cela représente plus de huit mois. À 10 000, un peu plus de quatre mois. Et ce, pour trancher un seul test, sur une seule page. C'est ce calcul qui explique pourquoi la plupart des tests A/B menés dans les PME ne prouvent rien : ils sont arrêtés au bout de trois semaines, au moment où l'une des deux versions est momentanément devant.

Deux conséquences pratiques en découlent, et elles vont à l'encontre de ce qui se dit habituellement.

Testez gros, pas fin. Plus l'écart attendu est important, moins il faut de visiteurs, et détecter +50 % coûte cinq fois moins cher en trafic que détecter +10 %. Tester une couleur de bouton est donc l'exercice le plus coûteux qui soit, pour l'effet le plus faible. Tester une refonte complète de page est bien plus raisonnable.

Testez là où il y a du trafic. Concentrez les tests sur la page d'accueil, la page de contact ou une fiche produit majeure, jamais sur une page qui reçoit deux cents visites par mois.

Pilotage

Des chiffres qui bougent sans savoir pourquoi ?

Chaque mois, je lis vos données Search Console et Analytics, j'explique ce qui a bougé et je décide avec vous des chantiers suivants. Vous savez où va votre budget et ce qu'il rapporte. Comptez de 300 à 1 500 € par mois selon le périmètre.

Je regarde votre site avant de répondre. Réponse sous 24 h en semaine.

Ce que le CRO change réellement au SEO

Le raccourci habituel dit que le CRO améliore les signaux comportementaux et donc le classement. C'est trop simple, et il vaut mieux être précis, parce que le raccourci conduit à mesurer les mauvaises choses.

Ce qui est faux : que le taux de rebond ou la durée de session soient des facteurs de classement. Google a répété qu'il ne les utilise pas, et il n'y a d'ailleurs pas de raison qu'il ait accès aux données d'un outil d'analyse tiers.

Ce qui est vrai, et qui suffit largement à justifier le travail :

SEOCRO
ObjectifAmener des visiteurs qualifiésTransformer ceux qui sont là
Ce qu'on mesureImpressions, position, clicsTaux de conversion, coût par acquisition
LeviersContenu, technique, liensFormulaires, parcours, clarté, réassurance
Délai de lecture3 à 6 moisLe temps d'atteindre l'échantillon, souvent aussi long
Point de rencontreLa vitesse, le mobile, et l'adéquation à l'intention de recherche

Quand on n'a pas le trafic, ce qui marche quand même

C'est le cas de la grande majorité des sites français, et il n'y a aucune raison de renoncer. Trois méthodes fonctionnent sans volume, et elles remontent en général des problèmes plus gros que ceux qu'un test A/B aurait départagés.

  1. 1. Regarder des sessions enregistrées

    Vingt sessions suffisent à voir où les gens s'arrêtent, ce qu'ils cherchent en vain, et à quel champ de formulaire ils abandonnent. C'est de l'observation plutôt que de la statistique, et c'est beaucoup plus riche qu'un pourcentage.

  2. 2. Faire tester par cinq personnes

    Cinq utilisateurs à qui l'on donne une tâche précise, sans les guider, remontent l'essentiel des problèmes d'ergonomie. C'est la méthode la moins chère du lot et elle produit systématiquement au moins une découverte inattendue.

  3. 3. Corriger l'évident sans tester

    Un formulaire de douze champs ramené à quatre, un bouton d'action visible sans défiler, un numéro de téléphone cliquable sur mobile n'ont pas besoin d'être validés par un test. Tester ce qu'on sait déjà revient à payer quatre mois de trafic pour se donner raison.

Par où commencer, dans l'ordre

Sur un site de services, les mêmes quatre chantiers reviennent, et ils se traitent dans cet ordre.

Les formulaires. C'est le premier poste de perte et le plus facile à corriger. Chaque champ demandé réduit le nombre d'envois ; posez-vous la question, champ par champ, de savoir qui lit l'information et ce qu'il en fait. Le champ « société » sur un formulaire de contact particulier, la civilité, le second numéro de téléphone : ils partent tous.

La clarté de l'action attendue. Sur beaucoup de pages, il n'est pas évident de savoir ce qu'on est censé faire. Une action principale par page, visible sans défiler, formulée par un verbe.

La vitesse sur mobile. Un visiteur perdu au chargement n'entrera jamais dans le tunnel. C'est le chantier où le CRO et le SEO se financent mutuellement. Voir le mobile et la vitesse d'affichage.

La réassurance au bon endroit. Les mentions qui lèvent le doute, délais, garanties, coordonnées réelles, doivent se trouver là où le doute apparaît, c'est-à-dire à côté du bouton, pas dans une page « à propos » que personne n'ouvre.

Deux erreurs de mesure qui coûtent cher

Arrêter un test dès qu'il est favorable. C'est l'erreur la plus répandue et la plus coûteuse. Regarder les résultats tous les jours et conclure au premier écart significatif multiplie considérablement les faux positifs. La taille d'échantillon se fixe avant, et on ne regarde qu'à la fin. Ne pas mesurer la bonne conversion. Un formulaire envoyé n'est pas un client. Sur un site de services, la métrique utile est le nombre de demandes qualifiées, pas le nombre d'envois. Une page peut très bien doubler ses formulaires en attirant des demandes hors cible, et coûter du temps au lieu d'en rapporter.

Les outils, après la fermeture de Google Optimize

Google Optimize, qui était la solution gratuite de référence, a fermé le 30 septembre 2023 sans remplaçant chez Google. Le paysage actuel est donc payant, à une exception près.

BesoinCe qui existePour qui
Tests A/BAB Tasty, VWO, Optimizely, et GrowthBook en logiciel libreSites à fort trafic, ou équipes capables d'héberger elles-mêmes
Cartes de clics et sessionsSolutions dédiées, souvent avec une offre gratuite limitéeTout le monde, et surtout les sites sans volume
Suivi des conversionsVotre outil d'analyse d'audience, avec des événements correctement définisIndispensable avant tout le reste
Tests utilisateursCinq personnes et un appel visioLe meilleur rapport coût sur découverte

Une précaution avant d'installer quoi que ce soit : les outils de test et d'enregistrement ajoutent du JavaScript exécuté au chargement, ce qui dégrade l'INP. Vérifiez l'effet sur vos signaux Web essentiels après installation, sans quoi vous optimiserez la conversion en payant en visibilité.

Questions fréquentes

Combien de visiteurs faut-il pour un test A/B fiable ?
Beaucoup plus qu'on ne l'imagine. Pour un taux de conversion de départ de 2 % et une amélioration relative de 20 %, il faut environ 21 100 visiteurs par variante, soit plus de 42 000 au total, avec les paramètres statistiques usuels. Un site à 10 000 visites par mois met donc plus de quatre mois à trancher un seul test. C'est ce calcul, fait avant de lancer, qui distingue une démarche sérieuse d'une superstition.
Le taux de conversion influence-t-il le classement Google ?
Pas directement, et Google a répété que le taux de rebond n'est pas un facteur de classement. Ce qui compte n'en est pas moins réel : une page qui répond mal à l'intention fait revenir l'internaute aux résultats, et une page lente perd des visiteurs avant même d'être lue. Le lien passe donc par la satisfaction de l'intention et par la performance, pas par une métrique d'analytics que Google ne voit pas.
Que faire quand on n'a pas assez de trafic pour tester ?
On teste autrement, et c'est le cas de la grande majorité des sites français. Trois méthodes fonctionnent sans volume : l'enregistrement de sessions et les cartes de clics, qui montrent où les visiteurs bloquent, les tests utilisateurs sur cinq personnes, qui remontent l'essentiel des problèmes d'ergonomie, et les corrections évidentes appliquées sans test, comme un formulaire de douze champs ramené à quatre.
Quel outil d'A/B testing utiliser depuis la fin de Google Optimize ?
Google Optimize a fermé le 30 septembre 2023 sans remplaçant gratuit chez Google. Les solutions du marché comme AB Tasty, VWO ou Optimizely sont payantes et dimensionnées pour des sites à fort trafic. GrowthBook, en logiciel libre, est une option à considérer quand une équipe technique peut l'héberger. Mais avant de choisir un outil, refaites le calcul de taille d'échantillon : sur beaucoup de sites, aucun outil ne changera le fait qu'il n'y a pas assez de visiteurs.
Par où commencer une optimisation de conversion ?
Par les formulaires, systématiquement. Chaque champ supplémentaire réduit le taux d'envoi, et la plupart des formulaires demandent des informations dont personne ne se sert. Ensuite viennent la clarté de l'action attendue sur la page, la vitesse d'affichage sur mobile, et la présence des éléments de réassurance à l'endroit où le doute apparaît. Ces quatre chantiers ne demandent aucun test statistique pour être menés.

Sources